31/03/2008

Traumatismes: Olivia Newton-John, « Physical »

 

Encore une belle semaine qui commence. Tchûti, il y a même un rayon de soleil, quel luxe. Moi, je stagne dans les eaux troubles d'un lendemain de fête, puisque hier, c'était réunion familiale, avec mes parents, ma seuhr, le frère à Ghislain et le fils de ce dernier (ce qui en fait en quelque sorte mon neveu par alliance, bravo, vous suivez, hélas pour ma part je ne peux pas en dire autant). Ajoutez à ça le changement d'heure, par lequel je suis hou là durement affectée (comme les vaches, oué oué, c'est egzactement ça), vous comprendrez que, pour me réveiller, j'ai bien besoin de ÇA:

free music
Ecoutez bien jusqu'au bout, et profitez-en avant de lire la suite, parce que là je vais causer de quelque chose qui risque de causer des dommages auditifs graves chez les plus sensibles d'entre vous. Même moi j'y tremble rien que d'y penser. Brr.

Bon. Commençons par le commencement. Il faut savoir avant toute chose que je suis née l'année de la sortie d'Unknown Pleasures et de London Calling. Mais ça, mes parents n'en avaient Cure (HOOO je tiens la grande forme moi). J'ai donc passé mes premières années au son du Hit-Parade d'André Torrent. Je vous ai déjà raconté ailleurs comment « Let's Dance » de Bowie m'avait durablement troublée; mais il y a un autre clip de la même époque qui m'a très profondément marquée, et dont j'ai très longtemps gardé des séquelles mentales. Et NON, ce n'est pas « Jump » des rigolos Van Halen, ou « L'Apérobic » des inénarrables Charlots. C'est pire. C'est « Physical », d'Olivia Newton-John.

Je devais avoir 3 ans au moment où ce clip passait en rotation lourde à la tévé: c'est l'âge où les traumatismes les plus profonds s'installent – demandez au professeur Sigmund ou à Mira Dumeille. Longtemps, je n'en ai gardé qu'un souvenir, à la fois vague et précis. Le décor, tout d'abord: l'action se déroulait dans une pièce toute carrelée de noir, froide et clinique; on aurait dit une salle d'opération qui aurait basculé du Côté Obscur de la Force®. Pour tout dire, l'antre de Buffalo Bill dans Le Silence des Agneaux, à côté, ça a presque l'air cosy (« Oh elles sont jolies vos sculptures, vous dites que c'est de la vraie peau? ») Dans ce décor d'abattoir pas aux normes de l'AFSCA (« Mais z'enfin madame c'est du carrelage BLANC qu'il faut, sinon comment voulez-vous voir les taches de sang qui sont je vous le rappelle des foyers d'infection potentiels, attation je vas aller le dire à Laurette, ah non madame ce n'est plus Rudy Demotte, faut vous tenir au courant un peu »), dans ce décor, donc, Olivia évoluait en justaucorps et legging; bien évidemment, son front était ceint de ce bandeau pour éponger la sueur et accessoirement empêcher les cheveux de tomber dans la préparation – ce formidable bandeau qui, mieux que les jambières ou la culotte fluo à Mabomma, symbolise la décennie quatre-vingts. La mince et blonde Olivia, en brushing Lady Di staïle, tyrannisait des pauvres croisés piétrain-yorkshire en état de surcharge pondérale grave. Et que ça halète, et que ça sue, et que ça cocotte, PLUS HAUT LES JAMBES GILBERT J'AI DIT !!! Et comme Gaia n'existait pas encore à l'époque, aucun recours possible pour ces pauvres bêtes. Oui, décidément, on ne pouvait que compatir, tout en étant vaguement dégoûté par cet étalage de chair blanche et molle comme une tête de veau. Perso, du haut de mes trois ans, je devais penser que c'est pas beau un mec trop gros, surtout celui qui porte crolles et moustache. Bêêêrk.

Mais tout à coup, les pauvres suidés passaient sous la douche et, par la magie d'un trucage digne d'Industrial Light and Magic, subissaient la métamorphose inverse des prisonniers de Circé: ils se transformaient en surmâles gonflés aux hormones et bronzés aux tubes à mélanomes. Ils revenaient dans la salle de torture, et se faisaient flatter les biceps par une Olivia concupiscente, laquelle n'en revenait pas que ses pôôôvres tas de saindoux se soient transformés en brâââves tas de bifteck. (EDIT: Au temps pour moi, c'est Olivia qui passe à la douche, pendant que ses petits camarades se transforment. Ah c'est trompeur la mémoire...)

A ce moment insupportable de tension sescuelle, je devais penser du haut de mes trois pommes que gros ou musclés, les hommes c'est décidément révulsant, surtout celui qui porte crolles et moustaches. Bêêêrk bêêêrk BÊÊÊRK. J'ai confusément senti que les débordements de la chair, que ce soit par la graisse ou par le muscle, ça ne serait décidément pas pour moi, et qu'au niveau alimentaire le végétarisme était une option envisageable. (Je vous dirai un jour pourquoi je ne suis pas végétarienne, vous vous exclamerez tous en choeur « AH MAIS BON SANG MAIS C'EST BIEN SÛR TOUT S'EXPLIQUE », et vous pourrez jouer à la Mira Dumeille de bas étage – si toutefois il en existe de haut).

C'est à ce moment précis que Daniel Radcliffe serait devenu mon idéal masculin si seulement il avait été né, qu'il avait mesuré plus d'1,60 mètre et qu'il avait déjà tourné Harry Potter contre le Pot de Fer (© Ghislain). D'ailleurs, si, à l'âge de 20 ans, je me suis mise à la colle avec un binoclard fin et élancé (Ghislain, bravo, vous suivez), c'est un peu à cause d'Olivia, j'en suis personnellement convaincue (et si vous ne me croyez pas, je peux vous bricoler une autre explication pour la prochain épisode, ça ne me dérange pas).

Cela dit, j'ai grandi, et je n'ai plus rien, mais alors là absolument plus rien du tout contre les physiques un peu expansés. Mais zieutons ensemble le clip d'Olivia, ça nous permettra de prendre toute la mesure de la violence – symbolique et réelle – qui s'y déploie sous couvert d'humour. (D'autant plus que le gai passage à la toute fin était systématiquement censuré sous nos latitudes, enfin il me semble.)

(Ahlala ce truc c'est vraiment l'anti-madeleine de Proust. Allô Mira...)

Commentaires

Donc tu es née en 79 et tu as un gros problème d'Oedipe...

Écrit par : Bernie | 31/03/2008

J'ai des problèmes, on est d'accord, mais ça fait longtemps que je n'ai plus envie de me marier avec mon papa. Je n'ai plus envie de tuer ma maman non plus (mais ça, ça fait moins longtemps).

Écrit par : Wini | 01/04/2008

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