29/04/2008

Jeffrey Lewis – I Ain't Thick, It's Just a Trick

Arrivée à mon âge, tu cherches un peu de confort. Tu as plus ou moins trouvé ta place dans la société. Tu as un boulot: tu as même un temps plein, même si cela implique que tu doives travailler à quatre endroits répartis dans 3 provinces différentes. Mais bon, c'est un chouette job, c'est celui que tu voulais faire, tu vas pas commencer à te plaindre non plus.

Le mercredi, tu rentres tard, tu regardes le télé-crochet de M6 avec ton n'amoureux. C'est rigolo, tu te prends pas la tête, tu viens de rentrer du boulot, faut pas trop t'en demander.

Le samedi après-midi, tu vas faire un peu de shopping. Dans la rue Neuve, la foule se presse. Tu as l'impression de remonter le courant comme un saumon. Tu plonges dans la marée humaine, tu éprouves la sensation un peu grisante d'être seule dans la foule anonyme. Parfois, il y a tellement de monde que tu étouffes un peu, tu voudrais tracer parmi les gens. Tu bifurques par la place des Martyrs, si et seulement si tu n'as pas mis tes petits talons, ceux qui se coincent entre les pavés. Tu te diriges vers le lieu de travail de ton n'amoureux; en passant, tu achètes une bédé, un bouquin, un cédé, peut-être un T-shirt si tu es en fonds. Tranquille. Depuis quelques années, tu ne connais plus cette sensation d'être broyée par la société de consommation.

Tu gagnes même suffisamment d'argent pour te payer des concerts Laïve Nècheun. Ca te dégoûte un peu d'enrichir cette entreprise qu'on dit proche de George fils de George, mais voir tes groupes préférés est à ce prix. Tu passes un excellent moment, tu rentres fatiguée mais contente, la voix plus basse d'une tierce majeure et les oreilles qui sifflent.

Un jeudi, tu apprends qu'un gars de ta connaissance, qui enseigne la formation musicale, vient de se faire virer. Il travaille au même endroit et il a le même job qu'une copine à toi. Merde, elle s'est pas virer elle non plus, quand même? L'info fait son chemin, on apprend qu'ils ont été repris jusque fin juin. Un peu de répit, mais que va-t-il advenir ensuite?

Le soir même, tu vas à un concert. Pas un concert Laïve Nècheun, pour une fois. Tu ne connais pas ce type qui va jouer, là, Jeffrey Lewis. Tu as pourtant déjà vu son nom quelque part, accolé à une épithète pompeuse («Jeffrey Lewis, le pape de l'antifolk »), mais tu ne t'en souviens pas. Il a récemment publié un album de reprises du groupe punk Crass. Tu ne connais pas non plus. Il entame son set avec ses trois musiciens. Tu ne distingues évidemment pas les reprises des compositions personnelles. Mais, avec leurs petits moyens, leur petit clavier, leur vieille guitare, Jeffrey Lewis and the Jitters t'attrapent par l'oreille. Même ton n'amoureux trouvé ça pas mal, parce que le batteur essayait de varier son jeu; tu as toi-même remarqué qu'il employait une fois des baguettes, une fois des mailloches – et puis surtout il avait l'air dedans. A un moment, Jeffrey chante a cappella une chanson qu'il a illustrée par des dessins, qu'il projette par diapositives, et tout le monde rigole. Alors, qu'importe que la tête de la claviériste te rappelle celle d'une ancienne prof de néerlandais. Tu es bien contente d'avoir fait une découverte.

Ca pourrait s'arrêter là.

Mais ça te trotte dans la tête. Ton correspondant breton t'a dit que l'album était vraiment bon, et qu'il était déçu que tu ne le connaisses pas. Non mais de quoi j'me mêle. Quoique...

Alors, samedi dernier, avant d'entamer ta visite distrayante des magasins de nippes, tu rentres à la Médiathèque, que tu fréquentes d'habitude assidûment, sauf que, ces dernières semaines, t'étais prise par autre chose. Tu tapes Jeffrey Lewis dans la base de données. Tu trouves 12 Crass Songs dans le rayon. Tu le ramènes à la maison.

Et, insidieusement, la musique et les paroles se fraient un chemin dans ton temps de cerveau qui, par chance, n'est pas encore occupé par Coca-Cola.

Oh yeah? Oh yeah? Well I've got it all up here, see?
Oh yeah? Oh yeah? When they think they've got it all out there, see?
They can fuck off, cos they ain't got me, they can't buy my dignity,
Oh yeah? Oh yeah? Let me tell you, I've got it all up here?

Tried to get me in the supermarket store,
Bought what I wanted, then they said "buy more."
Mountains of crap that nobody really needs,
Gaily coloured wrappers to suit assorted greeds.
They've got the lot, that's what they want you to think,
Read between the lines, you'll see the missing link.
Buy this product, pay for the crap,
Quarter for the product, three quarters for the wrap.
Be a happy family, like the people on the pack,
Pay up to the profit, and you'll never look back.

Tiens, toi aussi, prends-toi ça dans la gueule.

10:50 Écrit par Wini dans Musique | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : jeffrey lewis, crass, punk, folk |  Facebook |

Commentaires

Ah, depuis le temps que je l'attendais Jeffrey, j'ai cru qu'il ne viendrai plus, qu'il était resté scotché au bar de l'AB, ivre mort.
J'aime bien les versions originales aussi. Mais c'est sûr que ça n'a pas le charme de ces petites versions accoustiques.

Écrit par : Bernie | 29/04/2008

Moi, j'attends la gonzesse qui aura suffisamment de c... pour reprendre L7 en acoustique.
Une idée pour Didine de la Nouvelle Star? :)

Écrit par : Wini | 30/04/2008

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