28/11/2008

:Cut your hair, part 3:

Donc, j'en étais au moment où, la tignasse en bataille, je pousse la porte du premier salon qui me passe sous les yeux.

Là, c'est généralement la Mère Supérieure (appelons-la Lindsey) qui abandonne son brushing en cours pour se charger de l'accueil.

« Alors, qu'est-ce qu'on fait? »

Réponse fantasmée: Ben je sais pas, Lindsey, en fait on m'a prescrit une scintigraphie du pied droit, tu crois que tu peux faire quelque chose?

Réponse réelle: Euh un shampooing-coupe-brushing?

« Ok, on va vous faire ça, vous pouvez vous débarrasser. »

Alors, dans le temps, c'était le moment où – petit plaisir coupable – je pouvais jeter un coup d'oeil méprisant à un vieux numéro de Voilà ou de Blair l'Hebdo et donc, pour une fois et pour keudalle, laisser mes petits neurones au vestiaire et abandonner une temps ma lourde réputation de fille intelligente et culturée. Las, depuis quelque temps, je me suis rendu compte que les magazines pipole-greluche avaient déserté les fauteuils d'attente des coiffeurs, pour céder la place à rien.

Rien.

Nada.

Non, il n'ont pas même pas mis un numéro de Physique Quantique Aujourd'hui ou un vieux hors-série « Spécial Cols Roulés » de Michel Foucault Magazine à la place.

Y'a plus rien pour patienter.

Et parfois, tu dois patienter trèèèèès longtemps.

(Maintenant, je ne me fais plus avoir: je prends un bouquin avec. Je recommande Pixel Juice, recueil de nouvelles de Jeff Noon: certaines ne font que deux pages, un bonheur pour les grignoteurs de S-F surréaliste.)

(Tiens, pour ne pas que tu t'ennuies trop pendant ce temps-là, je te mets un clip de Juju. Oui, parce que moi, je choie mon lectorat, c'est pas comme à la concurrence.)

Enfin, « on » vient te sortir de ta torpeur. « On », c'est généralement Cendrina, l'apprentie-préposée au shampooing. Parce que, je sais pas si tu as remarqué, dans les salons de coifure, il y a toujours un jeune padawan, que pas très débrouillard il est, que patient il doit être, et avant que art du brushing il maîtrise, shampooings prodiguer il doit. Donc, Cendrina t'invite à « passer au shampooing », et donc à déposer ta pôvre tête sur cet inconfortable bac dont le bord te rentre dans la nuque. (Pourquoi commences-tu à penser au « coup du lapin » à ce moment-là? Mystère...)

Là, si tout va bien, Cendrina commence à te shampouiner. Mais pas toujours. Parfois, Cendrina se plante dans le planning, se fait rabrouer par la Mère Supérieure, et t'abandonne dans ta position ridicule, à regarder le plafond et à écouter Radjo Kontak' jusqu'à ce que tu comprennes que c'est pas encore ton tour, eh non, on n'est pas chez Jean-Claude Biguine the Biguine ici, kesstucroyais avoir pour 30 euros, ma pôvre vieille?

Mais tout vient à point à qui sait attendre, et Cendrina finit par se pencher sur le cas de ton cheveu sale.

« On fait un soin après, Madame? »

Réponse fantasmée: « Non, je suis radine, je trouve que 5 euros c'est cher pour une dose d'après-shampooing, et franchement je préfère les garder pour m'acheter le dernier Ballard, chacune ses priorités, merde. »

Réponse réelle: « Euh non, ça ira, merci. »

Cendrina saisit alors le pommeau, t'asperge le cuir chevelu d'eau tout juste tiédasse, et te demande presque aussitôt si ce n'est pas trop chaud. (Réponse fantasmée: « HIIII C'EST GLACÉÉÉÉÉ vous êtes malAAAADE !!! » – Réponse réelle: « Non non ça va. ») Cendrina se sert alors une dose de shampooing à diluer, répand le précieux liquide et commence à frotter ton crâne avec plus ou moins de vigueur. Bon, plutôt plus que moins, en fait. Ensuite, elle rince le tout, toujours à coup d'eau tiédasse. C'est à ce moment là que, si tu es chanceuse, elle te dit:

« Oh, vous perdez fort vos cheveux ! »

Réponse fantasmée: « Han oui, c'est comme ça depuis que j'ai commencé ma chimio. (Blanc.) Rhan mais nan, faites pas cette tête, c'est pour rire, ha ha ha ha ! »

Réponse réelle: « Oui, je sais, pff. »

Cendrina t'éponge alors ton cheveu rare mais propre, te les enveloppe dans la serviette en un charmant tutulus, et t'invite à t'installer pour la coupe.

Bon, la suite, tu la devines, mais je vais quand même te la raconter.

Bientôt.

 

En attendant, je te laisse remuer du popotin avec Dizzee et Calvin. Enjoy!

Commentaires

Je rigole... Ca me donne presque envie de refaire un tour chez ma coiffeuse ! Mais ça ne fait que 5 mois que je n'y suis pas allée...

Écrit par : DdM | 28/11/2008

Rannn non mé là c'est pour de vrai que c'est trop fort !
J'ai beaucoup ri sur la chimio (oui j'ai une imagination débordante qui me fait bien imaginer la scène et donc la tête de la personne a qui tu dis ça)(oui je sais pfff)
Vraiment, je m'y suis vue.

La suite ! La suite !

Écrit par : yelka | 28/11/2008

Ca me fait vaguement penser à une chanson de Linda Lemay "j'connais mon métier, je vais te rendre époustouflante!"

Écrit par : valentin | 29/11/2008

@DdM: T'as raison, faut laisser à ton cheveu le temps de s'en remettre... Après tout, on n'arrête pas de nous répéter que le brushing, c'est traumatisant pour lui...

@Yelka: Eh! Nan! Je lui ai pas vraiment dit ça hein! (J'aimerais bien, note)

@valentin: Oui, c'est vrai, sauf qu'elle elle arrive à tout dire en trois minutes, tandis que moi il me faut un pitipeu plus longtemps.

Écrit par : Wini | 01/12/2008

Et il était comment ton peignoir. Genre peau de pêche ou robe d'avocat?

Écrit par : Bernie | 03/12/2008

T'as vu, blur se reforme. Trop fou

Écrit par : Bernie | 09/12/2008

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